Journée nationale de la qualité de l'air : Qualitair Corse

mer, 19/09/2018 - 09:50 -- Barbara

Aujourd'hui, 19 Septembre 2018, C'est la journée nationale de la qualité de l'air.

A cette occasion nous avons interviewé l'association Qualitair Corse pour qu'ils présentent leurs actions.

 

  • « Présentez-nous en quelques mots l’association Qualitair ? Quelles sont vos missions et vos actions ? »

L’association Qualitair Corse est l’organisme agréé par le Ministère de l’écologie et de la Transition solidaire pour la surveillance de la qualité de l’air en Corse. Les missions des observatoires de l’air ont été définies par la loi sur l’air de décembre 1996 et la structure est composée de 4 collèges : Etat, Collectivités, acteurs économiques et société civile (associations, personnes qualifiées, …). Chaque année le ministère de l’écologie défini ses orientations pour la surveillance et les acteurs locaux expriment également leurs besoins en matière de contrôle et d’actions sur la Corse.  Les missions socles de l’observatoire sont la mesure de la pollution mais également l’information. A cela vient également s’ajouter un rôle d’expert régional auprès des services de l’Etat, des collectivités ou des industriels. Qualitair Corse gère 9 stations fixes de surveillance sur le territoire et plusieurs stations temporaires soit près de 50 analyseurs pour plus d’une dizaine de polluants surveillés. Ces éléments permettent d’établir quotidiennement les prévisions de qualité de l’air et de pouvoir transmettre auprès de l’agence européenne de l‘environnement les niveaux de pollutions sur l’ensemble du territoire en lien avec les normes de protection de la santé.

Actuellement, l’équipe opérationnelle de Qualitair Corse est constituée de 9 personnes réparties en 3 services : étude, technique et communication / administratif.

 

  • « Quelles sont les principales observations que vous tirez des mesures et des études que vous réalisez ? Quelle évaluation donnez-vous de la qualité de l’air en Corse ? »

Qualitair Corse a fêté en 2017 les dix ans de la surveillance de la qualité de l’air en Corse. La Corse, bien qu’étant un territoire globalement privilégié concernant la pollution de l’air, présente localement des niveaux de pollutions non négligeables. Les villes d’ajaccio et de Bastia sont peu adaptées au fort trafic routier qui touche les deux villes notamment dans le centre-ville. Cela se ressent également dans les villes de taille moyenne tout particulièrement pendant la période estivale.

La carte ci-dessous représente la pollution au dioxyde d’azote sur les principales villes de Corse.

D’autres études à l’échelle régionale ont montré que la corse, étant située au milieu de la méditerranée occidentale, est parfois influencée par le déplacement de la pollution à grande échelle, notamment la Haute-Corse pendant l’été et la Corse-du-Sud lorsque le vent vient du nord de l’Afrique.

Enfin localement la qualité de l’air peut être détériorée en fonction de l’activité humaine (brulage de déchet ou de végétaux verts,), de l’activité industrielle (centrale thermique, carrière,) ou de transport (axes à fort trafic, port, gare, …).

 

  • "Quels sont les principaux polluants et quelles sont les principales sources d’émission ?"

Le polluant principal observé en centre-ville est le dioxyde d’azote. Ce composé chimique est un marqueur de la combustion des produits pétroliers. Les niveaux les plus forts sont mesurés à proximité des axes routiers mais les autres émissions du transport (bateaux,) et industriels (centrale thermique ,…) contribuent à élever les niveaux de fond moyen en dioxyde d’azote.

L’ozone est particulièrement présent en été. Ce polluant secondaire (c’est-à-dire qu’il est le résultat de réaction chimique sous l’effet des rayons du soleil) est présent en Corse mais une partie de cette pollution provient de la région PACA ou du nord de l’Italie. Le seuil de protection annuel est régulièrement dépassé mais les niveaux des pics de pollution journaliers restent modérés.

En revanche, concernant les particules fines, les niveaux de fond respectent les normes de protection de la santé (les niveaux les plus forts sont mesurés près des axes à fort trafic) mais ce polluant contribue à l’intégralité des épisodes de pollution déclenchés en Corse. En plus des particules émises par l’activité en Corse dont les plus gros producteurs sont les centrales thermiques, le maritime, le chauffage bois et le routier, l’île est régulièrement impactée par des poussières d’origine désertique.

Les autres composés réglementaires ne montrent de problématiques particulières mais Qualitair Corse évalue également les niveaux des composés non réglementaires comme les pesticides.

De plus, même si ce n’est pas notre mission première, nous nous préoccupons également de la pollution en air intérieur. On retrouve dans ce milieu en particulier des composés organiques volatils toxiques comme le formaldéhyde mais également tous les polluants présents en air extérieur qui peuvent parfois s’accumuler et présenter des concentrations plus importantes qu’à l’extérieur. Cela pourrait être le cas par exemple dans des habitations situées à proximité d’un axe à fort trafic routier. A noter également le risque radon très présent en Corse-du-Sud.

 

  • "Avez-vous observé des évolutions, positives et négatives, aux cours de ces 10 dernières années ? (Liées au développement démographique, au développement de l’activité aérienne et maritime, …)"

Le trafic automobile reste une source de pollution importante mais grâce à des aménagements routiers et au renouvellement du parc automobile, on observe une légère diminution des niveaux de pollution dans les centres-villes. Toutefois sur les axes les plus fréquentés et dans les rues les plus encaissées, les concentrations restent proches des seuils de protection de la santé humaine pour le dioxyde d’azote. Ceci est également lié au renouvellement de la centrale thermique de lucciana et la mise en place de filtre visant à réduire les émissions de la centrale du Vazzio. Pour les autres composés issus de la combustion des produits pétroliers comme les particules fines, on n’observe pas d’évolution notable des concentrations. Toutefois localement les pratiques de brulage de végétaux verts impactent fortement la qualité de l’air en particulier dans les zones périurbaines de Bastia et d’Ajaccio. En termes d’émission, les transports maritimes et les centrales thermiques restent également des émetteurs importants de particules fines et le développement des croisières contribuent à élever globalement les émissions de polluants atmosphériques.

Concernant les niveaux estivaux de l’ozone et la fréquence des épisodes de pollution en lien avec les poussières d’origine désertique, l’évolution sur ces dix dernières années est très variables et est liée aux conditions météorologiques. Le changement climatique devrait dans un avenir proche favoriser l’augmentation des épisodes de pollution avec l’élévation des températures et la désertification des sols.

 

  • « Pouvez-vous nous présenter les bonnes pratiques afin de limiter les impacts des activités sur la qualité de l’air ? »

Au niveau des centres urbains, il est nécessaire de diminuer l’utilisation de la voiture, d’autant plus que l’habitacle des véhicules est généralement l’endroit le plus pollué. L’utilisation de mode de déplacements doux (marche, vélo,) ou des transports en commun permet de diminuer nettement son impact sur la pollution de l’air. A titre d’exemple, l’utilisation du train dans la zone suburbaine de Bastia représente une alternative très intéressante pour se rendre en centre-ville.

Au niveau de l’habitat, l’amélioration de l’isolation et des pratiques visant à réduire la consommation électrique permettent de réduire indirectement les émissions polluantes. De plus, concernant le bois énergie, l’utilisation de foyers fermés améliore nettement le rendement en diminuant fortement les émissions polluantes.

Enfin, il faut totalement proscrire le brulage de végétaux verts qui est une activité très émettrice. Des solutions alternatives dont le broyage, la collecte en déchèterie, sont actuellement développées par les collectivités.

Il faut également prendre en compte la pollution à l’intérieur des bâtiments en utilisant des produits peu ou pas émissifs (cf. étiquettes pour les produits de construction) et renouveler fréquemment l’air intérieur en installant des systèmes de ventilation ou en aérant régulièrement les pièces habitées.